Dimanche de la Trinité 26 mai 2024 – B

Matthieu 28, 16-20
En ce temps-là, les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes. Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »


Chers Frères et Sœurs,

Nous venons d’entendre la toute fin de l’Évangile de Matthieu. A l’appel qu’ils ont reçu du Seigneur, les disciples sont allés en Galilée, à la montagne est-il dit, sans autre précision. Souvenons-nous, la Galilée, c’est l’endroit où tout avait commencé, là où Jésus avait vécu ses premières années, là où au début de sa mission, il a appelé les premiers disciples. C’est en cet endroit qu’il attend à nouveau les disciples avant de disparaître de leur regard.
Les disciples le rejoignent sur une montagne, un lieu où Jésus se rend à chaque moment marquant : son premier discours, le sermon sur la montagne, qui donne les béatitudes, cet appel au bonheur (Mt 5,1) ; là où, pour la première fois, il a multiplié les pains, une montagne près de la mer de Galilée (Mt 15,29) ; là où, sur une haute montagne, il fut transfiguré devant Pierre, Jacques et Jean (Mt 17,1). Et voici qu’eux aussi, alors qu’ils étaient à Jérusalem, les onze disciples s’en vont sur une montagne en Galilée à la demande du Seigneur.
Voilà la juste attitude de la vie spirituelle : pour rejoindre Jésus, il faut nous en aller, quitter nos habitudes et nos certitudes, et partir sur la montagne. La vie spirituelle, vie avec le Seigneur, nous déplace en ce lieu singulier qui mène vers le haut, et que l’Écriture appelle la montagne. Un lieu entre terre et ciel.
Une fois les disciples venus à lui, Jésus s’approche d’eux et leur parle. Sur cette montagne, Jésus leur dit que tout pouvoir lui a été donné au ciel – le plus haut -, et sur la terre – le plus bas. Rejoindre Jésus sur la montagne, c’est relier avec lui la terre au ciel. Jésus l’a demandé, et les disciples sont allés en Galilée.
Désormais, toujours sur la parole du Seigneur, ils s’en iront, mais cette fois par toutes les nations pour en faire des disciples. Jésus ne nous fait pas un exposé théologique sur la Trinité. Il révèle plutôt le Père, le Fils et le Saint Esprit, en les unissant au baptême et à la mission des disciples qui est de baptiser. Comme si le Père, le Fils et le Saint Esprit étaient, eux aussi, tournés vers ces nations dont les disciples ont pour mission de faire d’autres disciples. Pas de baptême sans envoi en mission. Le baptisé devient disciple ; et le disciple, missionnaire.

Dieu est unique, il n’est pas solitaire.
Il n’est pas solitude, mais communion.

La crédibilité de la foi des croyants réside sûrement dans cet infini torrent d’amour reliant le Père au Fils avec le Saint Esprit, qui se révèle à chacun de ceux qui accueillent ce courant d’amour et y pénètrent. Voilà ce que promet Jésus quand il dit : Moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde, alors qu’il est sur le point de disparaître de leur regard. Comme s’il n’avait jamais été aussi présent que depuis qu’il a disparu.
Voilà la beauté et la grandeur du Dieu qui se révèle en Jésus. Un Dieu dont la vie intime, dont le secret est un éternel échange, éternel regard sur l’autre, don infini de soi-même.
Dieu qui n’a rien, parce qu’il est tout, tout entier.
Jésus en nous révélant le Père et nous envoyant l’Esprit nous délivre d’un Dieu extérieur, Dieu surplombant et menaçant, pour nous introduire à la table d’un Dieu d’amour qui n’a pas d’autres désir, sinon de s’approcher et de se donner lui-même à chacun de ceux qui se prosternent et l’accueillent, ceux qui se font assez pauvres, eux aussi, pour vouloir l’accueillir. Il ne nous est accessible qu’à la mesure de notre ouverture de cœur à sa présence.
Rappelons ces paroles étonnantes d’un ancien prêtre de notre diocèse, il disait : Dieu est Dieu parce qu’il se communique, Dieu est Dieu parce qu’il donne tout, Dieu est Dieu parce qu’il n’a rien, parce qu’il ne peut rien posséder, Dieu est Dieu parce qu’il a la transparence d’un enfant où tout espèce d’appropriation est impossible, où le regard est toujours un regard vers l’autre.
Dieu est amour. Il n’est qu’amour.

Alors, Frères et Sœurs, mettons-nous, nous aussi, à l’écoute de ce Seigneur qui se donne. Allons, nous aussi, vers les tapageuses galilées de ce monde et montons à la montagne du Seigneur, là où il nous dit encore d’aller, parmi toutes les nations pour nous donner comme Lui, en faire des disciples, et les baptiser. Qu’elles plongent, elles aussi, dans ce débordement d’amour où le Père, le Fils et le Saint Esprit invitent, attendent et sauvent chacun.

Oui, il est avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde.

Amen.
Père Marc.