Solennité de la Trinité – C Dimanche 15 juin 2025
Jean 16, 12-15
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »
Chers Frères et Sœurs,
Pour nous figurer la Trinité, quelle image plus parlante nous viendrait-elle à l’esprit, sinon la célèbre icône d’Andrei Roublev, représentant trois êtres, peut-être des anges, assis autour d’une table ouverte sur ceux qui contemplent la scène, à l’ombre d’un chêne, près d’un rocher montagneux et d’un temple vide ? Les ailes dont l’artiste a pourvu ces trois personnes leur donne une apparence d’anges. Tous trois présentent un même visage. Les spécialistes d’art religieux ont longuement débattu, et débattent encore sans avoir tranché, pour savoir lequel est le Père, le Fils et l’Esprit Saint.
Cette difficulté d’identifier les trois personnes de la Trinité ne manifeste-t-elle pas ce qu’éprouvent les croyants en cherchant à entrer dans ce mystère dont cependant nous vivons avec l’Église : un seul Seigneur un seul Dieu, ensemble en trois personnes ? Déjà avant sa mort et sa résurrection, et avant la Pentecôte, Jésus reconnaissait l’abîme du mystère offert aux disciples, ceux qui l’entourent comme ceux qui viendraient ensuite : J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter, leur disait-il.
Cette atmosphère empreinte de mystère ne nous renvoie-t-elle pas au mystère de notre propre expérience de foi avec le Seigneur ? Ce que nous savons de Dieu le Père nous a été révélé par le Fils. Ce que nous connaissons de Dieu en tant qu’il est Fils, nous l’avons vu et nous l’avons entendu des paroles de Jésus, un homme parmi les hommes, mais un homme qui vient de Dieu, qui est Dieu, pour amener les hommes à Dieu. Un homme tellement homme qu’il en est mort comme le plus misérable d’entre eux, sur une croix. Ressuscitant et montant au ciel, comme dit le credo, il ne nous a pas laissé seuls.
En envoyant l’Esprit Saint, il demeure présent au cœur de chacun de ceux qui croient en lui, onction, saveur gracieusement déposée au cœur de chacun, qui nous permet de goûter aux dons de Dieu et d’en vivre.
Nous voici donc désirés, attendus et invités à nous avancer jusqu’à ce quatrième côté de la table, resté ouvert pour nous : il s’ouvre à nous-mêmes et à toute l’humanité, emmenée par l’Église, corps de Jésus vivant de l’Esprit, qui la guide vers le Père.
En nous invitant à la table trinitaire, le Seigneur fait de nous des participants à la vie divine. Une invitation que nous recevons et à laquelle nous avons peine à croire, tant elle nous dépasse et tant est grand notre saisissement d’être appelés à une telle communion.
Comme l’amour Un en trois personnes nous introduit jusqu’aux abîmes sans fond d’un ineffable mystère, ainsi notre vie entière ne nous suffira-t-elle pas pour comprendre cette insondable expérience amoureuse à laquelle le Seigneur nous convie.
Un mystère qui nous enseigne qu’être disciple du Seigneur consiste avant tout à accueillir, au cœur de chacun de nous, la communion d’amour dont vivent le Père, le Fils et l’Esprit Saint, à y participer de tout notre être et de tout notre cœur, expérimentant que la foi n’est pas d’abord une question de connaissance ni de morale, mais plutôt la réponse à une bouleversante invitation à vivre selon cet amour.
Puissions nous, chacun de nous, Frères et Sœurs, répondre, sans réserve ni retour sur soi, à une telle invitation, dès à présent et chaque fois que nous traçons sur notre corps un signe : Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, comme nous entendrons tout à l’heure : Heureux les invités au repas des Noces de l’Agneau.
Sans hésiter, répondons alors par un Oui, me voici, en laissant retentir notre Amen.
Amen, Alléluia.
Père Marc.