Vingt-neuvième dimanche du temps ordinaire – C 19 octobre 2025

Luc 18, 1-8

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples une parabole sur la nécessité pour eux de toujours prier sans se décourager : « Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et ne respectait pas les hommes. Dans cette même ville, il y avait une veuve qui venait lui demander : ‘Rends-moi justice contre mon adversaire.’ Longtemps il refusa ; puis il se dit : ‘Même si je ne crains pas Dieu et ne respecte personne, comme cette veuve commence à m’ennuyer, je vais lui rendre justice pour qu’elle ne vienne plus sans cesse m’assommer.’ » Le Seigneur ajouta : « Écoutez bien ce que dit ce juge dépourvu de justice ! Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Les fait-il attendre ? Je vous le déclare : bien vite, il leur fera justice. Cependant, le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »


Chers Frères et Sœurs,

Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? demande le Seigneur, à la fin de l’Évangile, une demande comme une brûlure, comme s’il nous adressait lui-même une prière ardente.
Cette question du Seigneur trouve un écho dans le titre d’un livre paru en 1977, qui connut un certain succès et dont les plus anciens se souviennent. Il avait pour titre : Le christianisme va-t-il mourir ? L’auteur, l’historien Jean Delumeau, posait une question quelque peu provocatrice, analysant la situation d’une Église mettant en œuvre, non sans tiraillements, le concile Vatican II, dans le contexte d’une société traversée de part en part par la contestation de mai 68 et ce qui s’en est suivi, exprimant les attentes d’une jeunesse en quête de nouveaux repères.
Près de soixante ans après, les conditions ont changé, pour la société comme pour l’Église. Mais la question semble avoir gagné en pertinence : Le christianisme va-t-il mourir ? Avec en arrière-plan, plus radicalement, la question de Jésus : Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?

Écoutons la question avec attention. Une question, mais qui est traversée par une indubitable affirmation : Il viendra. Quand le Fils de l’homme viendra.
Côté doute, il y a la question inquiète : Trouvera-t-il la foi sur la terre ?
Côté foi, il est dit : Il viendra.
Qu’à sa venue, il y ait ou non la foi sur la terre, si nous croyons en la parole du Seigneur, nous croyons aussi et nous savons qu’il viendra. La question devient alors pour chacun : Où serons-nous, où serais-je ce jour-là ?
Allons plus avant : Et si ce jour-là, le jour de la venue du Seigneur, c’était aujourd’hui ? Quelle foi le Seigneur trouverait-il aujourd’hui en chacun de nous ?
Quelle place lui laissons-nous dans notre vie, dans ma vie ? Le strapontin de mon bon vouloir ? ou l’invitation que nous lui adressons pour qu’il vienne habiter en moi ? Car le Seigneur n’a guère besoin de revenir. Avant de s’élever au ciel, il dit à ses disciples : Moi, je suis avec vous jusqu’à la fin du monde.

Malgré les épreuves et les crises, Dieu sait qu’elles sont profondes dans la société et dans l’Église, le Seigneur me confie sa propre vie. Que vais-je faire de cette vie qu’il me donne, sa propre vie qu’il me confie ? Comment les autres, que la vie me donne de croiser et de rencontrer, comment reçoivent-ils de moi cette vie que le Seigneur me confie ? Cette semence de la vie avec Lui, la vie déjà éternelle ?

Remontons l’Évangile. Il dit la nécessité de toujours prier sans se décourager. Cela ne veut pas dire rester toute la journée, agenouillé dans une église ou dans sa chambre. Toujours prier sans se décourager signifie plutôt laisser le Seigneur habiter les recoins de notre demeure, les plis les plus secrets de notre âme, et mettre en Lui tout notre être.
Accepter de vivre cet amour en le recevant du Seigneur sans nous lasser.
Si nous perdons de vue ce regard qui nous aime, tout devient terne et se décolore. Qu’arrivera-t-il au Seigneur si nous Le perdons de vue ? Si nous L’abandonnons et Le laissons mourir en nous ? Il compte sur nous pour s’incarner aujourd’hui dans le monde. Il veut habiter nos décisions. Comment prenons-nous soin de cette fidélité nécessaire à son incarnation, à sa venue en chacun de nous aujourd’hui ?
Pour rester fidèle et libéré de ce qui nous entrave, d’abord le péché, gardons en nous la foi, telle la graine de moutarde. La présence du Seigneur dans notre vie la plus quotidienne ne s’éprouvera pas sans nous, sans cet élan d’amour envers Lui, manifestant le consentement de notre cœur, de notre âme, de notre force et de notre esprit.
Si j’organise ma vie sans Lui, ou loin de Lui, en Lui réservant le second rang, si je néglige ce don nuptial de sa présence en moi, alors je resterai l’esclave de mes conditionnements, physiques, psychiques et sociaux, en une mort annoncée.

Frères et Sœurs, si nous le voulons, si nous croyons et que nous espérons que le Seigneur trouvera la foi sur la terre lorsqu’il reviendra, ne nous privons pas, ni nous ni ceux qui nous sont confiés, de cette révélation, présence aimante qui nous touche et transforme notre destinée.

Amen
Père Marc.