Commémoration des fidèles défunts Dimanche 2 novembre 2025

Jean 6, 51-58

En ce temps-là, Jésus disait à la foule des Juifs : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. » Les Juifs se querellaient entre eux : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui. De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. Tel est le pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »


Chers Frères et Sœurs,

En ce jour où l’Église commémore les fidèles défunts, beaucoup parmi nous ont franchi la porte de cette église pour honorer la mémoire d’un parent, un ami, un voisin, un être cher qui nous a quittés et dont le visage reste gravé dans notre cœur. L’irréversible séparation d’avec un proche que provoque la mort, surtout si ce proche était aimé et aimant, cette séparation garde une part d’incompréhensible, à laquelle nous ne parvenons pas à nous résoudre, comme si la mort n’éteignait pas cet amour dont nous avons vécu, et qui vit encore en nous, avec celle ou celui qui est parti.

Pour le disciple du Seigneur, la perspective se dilate. Nous qui mourrons un jour, souvenons-nous du baptême où nous avons été plongés. Que demandes-tu à l’Église de Dieu ? demande-t-on à celui qui frappe à la porte pour devenir catéchumène. Il répond : la foi. Et, deuxième question : Que t’apporte la foi ? Il dit : la vie éternelle.
Vie éternelle dont parle l’Évangile. Des mots qui reviennent. Vie éternelle, on pense qu’il s’agit de la vie après la mort. C’est trop court, car la vie éternelle, notre éternité, est déjà commencée. Une vie qui s’offre dès aujourd’hui à nos corps mortels et les rend capables d’éternité. La grâce, aussi le ciel, autres noms de la vie éternelle, c’est la vie de Dieu en nous. Comment mieux recevoir cet inestimable don sinon, en répondant à l’invitation de Jésus à participer au repas où il se donne lui-même tout entier, chair et sang, pain et vin, que nous recevons à chaque Eucharistie ? Ainsi cette vie nous accorde-t-elle à ceux, innombrables, qui ont vécu et vivent de l’amour du Seigneur, qu’ils soient morts ou vivants.

Le ciel se laisse voir dans la rencontre intime du Seigneur. Contact de l’homme avec Dieu. Cette rencontre a été réalisée pour toujours dans le Christ lorsque à travers la mort, il est passé au-delà de la vie biologique à la vie nouvelle. Le ciel devient l’avenir de l’homme et de l’humanité, notre avenir. Un avenir que nous ne pouvons pas nous donner à nous-mêmes. Il demeure inaccessible si longtemps que nous comptons sur nos seules forces. Il a été ouvert la première fois dans l’homme, de façon radicale, par Jésus, le Christ, par qui Dieu est venu habiter dans la chair de l’homme.
Certains demandent : le baptême est-il nécessaire pour vivre en chrétien et suivre Jésus ? N’est-il pas un rite, un acte formel de l’Église pour donner un nom à celui qui vient de naître ? Une question qu’on peut se poser. Écoutons l’apôtre Paul : Ne le savez-vous pas : nous tous, qui avons été baptisés en Christ, c’est dans sa mort que nous avons été baptisés. Si, par le baptême dans sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, de même que le Christ, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts (Rm 6,3-4).

Le baptême n’est pas une formalité, mais un acte qui touche notre vie en profondeur. Une personne baptisée ou une personne non baptisée, ce n’est pas la même chose. Par le baptême, nous sommes immergés dans l’inépuisable source de vie qu’est la mort de Jésus, le plus grand acte d’amour de toute l’histoire. Grâce à cet amour, nous vivons une vie nouvelle, non plus à la merci du mal, du péché et de la mort, mais dans la communion avec Dieu et nos frères.
Jésus rend accessible ce à quoi le plus intime de nous aspire de toute éternité : la vie éternelle, vie de Dieu qui se donne, au point qu’avec l’Eucharistie, Jésus devient habitant de notre cœur.
Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui, dit Jésus. Cette Parole parle de présence réelle. Présence de la chair de Jésus en ce pain, de son sang dans le vin. En mangeant et en buvant, nous avons Jésus dans le sang, coulant en nos veines. L’Eucharistie devient nous-mêmes.
Présence qui rend possible l’impossible et nous unit à ceux qui nous ont quittés. Voilà la mission des disciples en ce monde. Un monde qui ne sera pas sauvé sans le Christ et que le Christ ne sauvera pas sans nous. Soyons les croyants pratiquants d’une telle foi.
La vie éternelle n’est pas pour demain, elle est là aujourd’hui. Mangeons la chair du Fils de l’homme, buvons son sang. Le Seigneur se donne à nous et nous transforme en Lui. Il nous rattache à tous les vivants, ceux du ciel et ceux de la terre.

Jésus est là.
Confions-nous en Lui.
Il nous lie à celles et ceux qui sont partis.

Amen
Père Marc.